Le Tourmalet en tandem

Par un très beau dimanche matin du mois d’août, tu te lèves tout bonnement comme bien des matins, mais ce matin-là, tu sais très bien qu’aujourd’hui ne sera pas une journée comme les autres. Elle risque d’être un peu plus longue, plus difficile et plus agréable que la journée conventionnelle, celle de la routine.


Tu y as pensé depuis plusieurs jours, depuis plusieurs mois, mais tu ne réalises pas ce que c’est, tant et aussi longtemps que tu ne te présentes pas devant lui avec ton vélo tandem, toi en avant et ma blonde en arrière qui ne sait possiblement pas du tout vers quoi on se dirige… Mon corps chargé à bloc en énergie, le vélo chargé comme un âne, notre tandem et nous deux partons du camping où nous avons passé la nuit et où l’on vient tout juste de quitter la propriétaire qui est une adepte du cyclotourisme et qui tripe sur notre tandem. Après les discussions de voyages à vélo, les photos et après lui avoir dit qu’on allait grimper le Tourmalet, elle me dit juste avant de partir, si jamais vous êtes obligés de pousser le tandem… ce n’est pas une honte !


À peine quelques mètres à traverser le village de Luz Saint-Sauveur et déjà les émotions sont à leur maximum, je me sens comme celui qui s’en va grimper l’Everest ! On se calme quand même, c’est le col qui a été grimpé le plus souvent depuis le début du Tour de France ! Pas grave, c’est le summum sur notre tandem chargé de 40kg de matériel, ça rend la chose encore plus agréable !


L’objectif est de terminer la journée dans la joie et le bonheur et de profiter de chaque minute, de chaque seconde au maximum, c’est un délice, du gâteau au chocolat…


Pour en ajouter dans les émotions, nous sommes en compagnie de Julien qui nous suit sur son vélo aussi chargé et lui, qui n’a presque pas de millage dans les jambes nous accompagne comme si cela était qu’une simple formalité, Julien est un naturel, il a une force incroyable et peu commune, une détermination étonnante, une force de caractère remarquable.


Le Tourmalet c’est des kilomètres, dix-neuf au total, mais de notre départ à Luz St Sauveur ça en ferra tout prêt de vingt-deux avec tout près de 2 000m de dénivelé, bref les statistiques ce n’est vraiment pas important, l’important c’est d’avoir du plaisir et de terminer et de ne pas abandonner.


Quand tu montes le Tourmalet, il y a des affiches à chacun des kilomètres qui te rappellent ce qui s’en vient… à chacune des affiches, je me souviens que j’aurais voulu la photographier, mais c’était impossible, car je tripais trop à donner ces coups de pédale qui te propulsent vers le sommet et je n’avais tout simplement pas envie de m’arrêter.

Le paysage est à couper le souffle avec les montagnes, le soleil et le ciel bleu. Lors de la montée, nous sommes arrêtés à plusieurs reprises pour contempler les paysages, notre planification était presque parfaite, même un arrêt un peu plus long avait été planifié pour reprendre des forces et bien manger. Par la suite les kilomètres ont passé et on dirait que tout d’un coup est apparu l’affiche « Distance du sommet 3km, pente moyenne 9% » à partir de ce moment, j’ai commencé à croire que j’arriverais en haut avec le sourire et cela m’a donné cette énergie pour terminer. À peine deux kilomètres et on décide avec Julien de prendre nos gels « Coup de Fouet » qu’on avait pris soin d’acheter dans la boutique de vélo du coin. Je commençais à penser et je discutais avec Isabel des derniers 500 m qui sont à 15%, avec une grande sagesse j’envisage de les marcher si c’est nécessaire en me rappelant ce que la Dame nous avait dit plus tôt ce matin.


Dernier virage en épingle et ce qui apparaît devant nous est cette fameuse pente de 15%, inspiré par la musique qui jouait sur notre Haut-parleur bien fixé à notre tandem, j’entends et je sens Isabel qui donne tout afin de terminer cette montée en toute beauté, Julien lui est déjà rendu au sommet ! Ne me demandez pas le temps que cela a pris pour cette section, ne me demandez pas de quelle façon on s’y est pris pour passer cette section à 15%, la seule chose que je me rappelle est que beaucoup de gens nous applaudissaient et je me souviens juste d’avoir crié très fort lorsque j’ai vu le sommet et l’affiche du Tourmalet, possiblement parce que je venais de vivre ma plus belle journée de vélo à vie, je prenais conscience de cette chance, cette opportunité que j’avais eu de grimper le Col du Tourmalet avec ceux que j’aime le plus au monde, Isabel et Julien.


Tourmalet, tu m’as fait rêver et pleurer.

Ton sommet est lumineux, je ne voulais plus te quitter, je ne voulais plus redescendre.

Gratitude !










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